Successions internationales : fiscalité française, conventions et double imposition
Les successions internationales soulèvent des enjeux fiscaux complexes, notamment en matière de double imposition.
Lorsqu’un défunt, ses héritiers ou ses biens sont situés dans plusieurs États, la question essentielle est celle de l’existence d’une convention fiscale entre la France et l’État concerné.
En l’absence de convention, chaque pays applique ses propres règles, ce qui peut entraîner une imposition cumulative sur un même patrimoine. À l’inverse, lorsqu’une convention existe, elle organise la répartition du droit d’imposer et prévoit des mécanismes destinés à éviter ou atténuer ces situations
La réponse repose sur deux éléments essentiels : l’existence ou non d’une convention fiscale en matière de successions et de donations entre la France et l’autre État, ainsi que la résidence fiscale du défunt et des héritiers, combinée à la localisation des biens transmis.
La carte ci-dessous permet d’identifier rapidement les États liés à la France par une convention fiscale en matière de successions et, le cas échéant, de donations.
1. Les règles de droit interne français (article 750 ter du CGI)
En l’absence de convention fiscale, la territorialité des droits de succession est déterminée par l’article 750 ter du Code général des impôts.
Trois critères principaux sont retenus :
le domicile fiscal du défunt
la situation des biens (en France ou à l’étranger)
le domicile fiscal de l’héritier ou du légataire
Ainsi :
Lorsque le défunt est domicilié fiscalement en France, l’ensemble des biens, situés en France comme à l’étranger, est imposable en France.
Lorsque le défunt est domicilié à l’étranger et que l’héritier n’est pas résident fiscal français, seuls les biens situés en France sont imposables.
Lorsque le défunt est domicilié à l’étranger mais que l’héritier est résident fiscal français (au moins 6 ans sur les 10 dernières années), la France peut imposer l’ensemble des biens reçus, y compris ceux situés à l’étranger.
Dans ces situations, un mécanisme de crédit d’impôt (article 784 A du CGI) peut s’appliquer afin d’atténuer la double imposition.
2. Successions internationales sans convention fiscale
En l’absence de convention fiscale, le droit interne français s’applique intégralement.
La double imposition peut être partiellement atténuée grâce au crédit d’impôt prévu par l’article 784 A du CGI, applicable aux droits acquittés à l’étranger sur des biens situés hors de France, sous certaines conditions strictes.
Ce mécanisme reste toutefois limité :
il est plafonné au montant de l’impôt français correspondant
il ne couvre pas l’ensemble des prélèvements étrangers
il suppose que l’impôt ait été effectivement acquitté à l’étranger
En pratique, l’absence de convention fiscale peut conduire à des situations de surimposition significative, chaque État appliquant ses propres règles sans coordination.
3. Successions internationales avec convention fiscale
Lorsqu’une convention fiscale existe, celle-ci prime sur le droit interne français, conformément à l’article 55 de la Constitution.
Les conventions organisent une répartition du droit d’imposer entre les États et permettent d’éviter les conflits de compétence fiscale.
3.1 Détermination du domicile fiscal
Les conventions définissent le domicile fiscal du défunt selon des critères hiérarchisés :
foyer d’habitation permanent
centre des intérêts vitaux
lieu de séjour habituel
nationalité
Ces critères permettent d’éviter les situations de double résidence fiscale.
3.2 Répartition du droit d’imposer
Les conventions prévoient en général :
l’imposition des biens immobiliers dans l’État de situation
l’imposition des biens mobiliers corporels dans l’État où ils sont situés
l’imposition des autres biens (valeurs mobilières, créances, liquidités) dans l’État du domicile du défunt
3.3 Élimination de la double imposition
Deux mécanismes principaux sont utilisés :
l’exonération avec taux effectif, qui permet de tenir compte des biens étrangers pour déterminer le taux d’imposition applicable
le crédit d’impôt, qui permet d’imputer l’impôt payé à l’étranger sur l’impôt français
Ces mécanismes permettent de limiter, voire d’éviter, les situations de double imposition.
4. Taux effectif et progressivité de l’impôt
Certaines conventions permettent à la France de maintenir la progressivité de l’impôt grâce au mécanisme du taux effectif.
Cela consiste à :
déterminer un taux moyen d’imposition sur l’ensemble des biens
puis appliquer ce taux uniquement aux biens imposables en France
5. Règlement européen « successions » et fiscalité
Le règlement européen n° 650/2012 du 4 juillet 2012 harmonise les règles civiles des successions internationales (compétence, loi applicable, certificat successoral européen).
Toutefois, il ne concerne pas la fiscalité.
La fiscalité des successions internationales demeure donc régie :
par le droit interne français
et par les conventions fiscales internationales
6. Synthèse : avec ou sans convention fiscale
En l’absence de convention fiscale :
le droit interne français s’applique intégralement
la double imposition est atténuée par un crédit d’impôt limité
le risque de surimposition demeure élevé
En présence d’une convention fiscale :
la convention prime sur le droit interne
le droit d’imposer est réparti entre les États
des mécanismes spécifiques permettent d’éviter la double imposition
La carte ci-dessous permet d’identifier les États liés à la France par une convention fiscale en matière de successions et de donations et d’apprécier leur impact sur la fiscalité applicable.
Carte interactive des conventions fiscales internationales de la France — Cabinet Aflalo
conclues par la France
En droit français, la fiscalité des successions internationales repose principalement sur l’article 750 ter du Code général des impôts. Ce texte permet, selon les situations, d’imposer :
l’ensemble des biens lorsque le défunt est domicilié en France
les biens situés en France lorsque le défunt est non-résident
ou encore l’ensemble des biens reçus par un héritier résident français sous certaines conditions
En l’absence de convention fiscale, ces règles s’appliquent pleinement, avec pour seule atténuation un mécanisme de crédit d’impôt limité. Cela peut conduire à des situations de double imposition, voire de surimposition.
En présence d’une convention fiscale, les règles sont aménagées :
la convention peut limiter le droit d’imposer de la France et organiser une répartition entre États, en fonction notamment de la localisation des biens et du domicile fiscal du défunt.
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