ABC de la défense fiscale pénale

Avocat en fraude fiscale et contentieux fiscal pénal – Paris

Introduction

La défense fiscale pénale concerne les contribuables et les dirigeants qui sont poursuivis pour fraude fiscale.
Elle obéit à des règles propres, distinctes du contentieux fiscal, et expose à des sanctions pénales lourdes, cumulables avec les sanctions fiscales.

L’« ABC » de la défense fiscale pénale repose sur une idée centrale :
Le juge pénal ne sanctionne pas une simple erreur fiscale, mais une soustraction frauduleuse à l’impôt, fondée sur un comportement volontaire, l’intention de frauder.

A — La fraude fiscale pénale : cadre légal (article 1741 CGI)

L’article 1741 du Code général des impôts incrimine le fait de se soustraire frauduleusement à l’établissement ou au paiement de l’impôt, notamment par :

  • l’omission volontaire de déclaration ;

  • la dissimulation de recettes ou de sommes imposables ;

  • l’organisation de l’insolvabilité ;

  • ou toute autre manœuvre frauduleuse.

La caractérisation de l’infraction suppose donc un comportement volontaire, et non une simple négligence ou erreur d’interprétation.

B — Les infractions poursuivies

Fraude fiscale (article 1741 CGI)

Deux éléments doivent être établis :

  • un élément matériel : sous-évaluation de recettes, charges fictives, montages artificiels, structures étrangères sans substance ;

  • un élément intentionnel : volonté consciente de se soustraire à l’impôt.

L’administration fiscale et le ministère public doivent prouver l’intention frauduleuse (article L. 227 LPF).
La jurisprudence la retient plus aisément en présence :

  • de montages élaborés,

  • de comptabilité occulte,

  • de répétition des manquements,

  • ou lorsque le prévenu est un professionnel averti ou un dirigeant expérimenté.

Infractions comptables (article 1743 CGI)

L’omission d’écritures ou la tenue d’écritures fictives constitue une infraction autonome, caractérisée notamment par :

  • une comptabilité occulte,

  • l’absence de journaux essentiels,

  • des irrégularités comptables répétées.

Point clé pour la défense : il n’est pas nécessaire de démontrer une fraude fiscale au sens strict lorsque cette infraction est poursuivie isolément.

C — Sanctions pénales encourues

Peines principales

  • Fraude simple : jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 500 000 € d’amende

  • Fraude aggravée : jusqu’à 7 ans d’emprisonnement et 3 000 000 € d’amende

L’amende peut être portée au double du montant des impôts éludés.
Ces peines s’ajoutent aux sanctions fiscales (intérêts et majorations), le cumul ayant été admis sous conditions par le Conseil constitutionnel.

Peines complémentaires

  • privation des droits civiques, civils et de famille ;

  • publication et affichage de la condamnation ;

  • retrait de certains avantages fiscaux (réductions et crédits d’impôt).

D — Responsabilité des conseils et intermédiaires

L’article 1740 A bis du CGI sanctionne les prestations de conseil ayant facilité la fraude, notamment :

  • structures écrans,

  • dissimulation d’identité,

  • montages artificiels.

Les conseils peuvent encourir une amende de 50 % des honoraires perçus, avec un minimum de 10 000 €.
La maîtrise de ce risque pénal est devenue un enjeu central pour les professionnels du conseil.

E — Le rôle du juge pénal

Autonomie du juge pénal

Le juge pénal statue de manière largement autonome par rapport au juge de l’impôt.
Les irrégularités de la procédure de contrôle fiscal n’entraînent pas automatiquement la nullité des poursuites pénales.

En revanche, le juge pénal apprécie :

  • l’élément intentionnel,

  • la réalité des faits,

  • et certaines questions de fond (résidence fiscale, substance économique).

Ne bis in idem et cumul des sanctions

Le cumul des sanctions fiscales et pénales est admis sous conditions de gravité et de proportionnalité.
La jurisprudence récente admet également le cumul fraude fiscale / blanchiment de fraude fiscale, lorsque les faits sont distincts.

F — La preuve et les droits de la défense

La fraude fiscale peut être établie par tout mode de preuve (article 427 CPP).
Le juge peut s’appuyer sur :

  • les constatations des vérificateurs,

  • des éléments obtenus auprès de tiers.

En revanche, il ne peut se fonder exclusivement sur des évaluations théoriques non débattues contradictoirement.

Les droits fondamentaux de la défense s’appliquent pleinement :

  • procès équitable,

  • accès aux preuves,

  • contrôle de la légalité des éléments produits.

G — Stratégie de défense fiscale pénale

La défense pénale que notre cabinet propose, repose sur une approche globale, articulant fiscal et pénal.

Identifier précisément les incriminations

Fraude simple, fraude aggravée, infraction comptable ou blanchiment : la qualification conditionne la défense et les peines encourues.

Contester l’élément intentionnel

La défense s’attache à démontrer :

  • la complexité des règles fiscales,

  • l’existence d’un conseil,

  • l’absence de dissimulation organisée,

  • ou une simple négligence non pénale.

Articuler contentieux fiscal et pénal

L’issue du contentieux fiscal peut influencer la procédure pénale.
La stratégie doit intégrer le calendrier des recours, les risques d’aveux et les conséquences d’un éventuel règlement fiscal.

Conclusion

La défense fiscale pénale est aujourd’hui une matière à haut risque, marquée par :

  • un durcissement de la répression,

  • une vigilance accrue sur les droits procéduraux,

  • et une internationalisation croissante des dossiers.

Nathalie AFLALO