La réponse en bref
- N26, Wise et Bunq sont des comptes à l'étranger : ils doivent être déclarés chaque année sur le formulaire 3916.
- À défaut : 1 500 € d'amende par compte et par an, même pour un petit solde sans revenus.
- Si des revenus non déclarés y ont transité : rappels d'impôt majorés de 80 %, et un risque pénal si les montants sont importants.
- Le fisc est informé par l'échange automatique d'informations. Régulariser avant tout contrôle coûte souvent moins cher.
Pourquoi N26, Wise et Bunq sont des comptes à l'étranger
N26 est une banque allemande, Bunq une banque néerlandaise, Wise un établissement de paiement britannique et belge. Pour le droit fiscal français, un compte ouvert chez eux est détenu à l'étranger, même si vous l'avez ouvert en ligne depuis la France, que votre IBAN commence par DE, NL, BE ou LT, et que vous l'utilisez comme compte courant du quotidien. Seule compte la localisation de l'établissement, ni l'usage ni le montant.
Tout résident fiscal français doit déclarer chaque année les comptes bancaires, comptes de paiement et livrets ouverts, détenus, utilisés ou clos à l'étranger. Cela inclut les comptes dont il n'est que co-titulaire ou mandataire, dès lors qu'il en a eu l'usage. Sont visés N26, Bunq, Revolut, Monese, Wise, Payoneer, mais aussi PayPal et assimilés lorsqu'ils sont rattachés à un établissement étranger et fonctionnent comme de véritables comptes de paiement. La déclaration se fait sur le formulaire n° 3916-3916 bis, ou les rubriques équivalentes en ligne, en même temps que la déclaration de revenus.
Les risques concrets en cas de non-déclaration
L'amende par compte non déclaré
L'article 1736, IV du CGI prévoit 1 500 € par compte et par année de non-déclaration, portés à 10 000 € pour un compte situé dans un État ou territoire non coopératif. Ce n'est en principe pas le cas de N26, Wise ou Bunq, mais cela peut l'être pour des fintechs plus exotiques. L'amende s'applique même si le solde est modeste, si le compte n'a produit aucun revenu et si l'impôt sur le revenu n'est pas redressé.
La présomption de revenus imposables
Les sommes transférées vers l'étranger ou depuis l'étranger par un compte non déclaré sont présumées imposables, sauf preuve contraire. Les crédits peuvent être requalifiés en revenus d'origine indéterminée et soumis à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux, avec intérêts de retard et majorations. C'est à vous de démontrer qu'il s'agit de sommes déjà taxées (épargne, salaire déclaré) ou non imposables (remboursement, virement entre vos comptes).
La majoration de 80 %
Les rappels d'impôt liés à un compte non déclaré supportent une majoration de 80 %, à la place des majorations habituelles, avec un plancher égal à l'amende forfaitaire (article 1729-0 A du CGI). Si le compte a servi à encaisser des revenus non déclarés (freelance, e-commerce, cryptos), le cumul rappels, majoration et intérêts de retard devient très lourd.
Comment le fisc vous repère
Avec la norme OCDE CRS, transposée dans l'Union européenne par la directive DAC 2, les établissements européens comme N26, Bunq ou Wise Europe identifient la résidence fiscale de leurs clients. Ils transmettent chaque année les soldes, intérêts, dividendes, produits de cession, identité, adresse et numéro fiscal à leur administration, qui les renvoie à la France.
L'administration croise ces données avec vos formulaires 3916 et peut exercer son droit de communication auprès des banques et plateformes de paiement. Elle repère ainsi le compte, constate l'absence de déclaration et peut déclencher un contrôle : demande de justifications, examen de situation fiscale personnelle.
Prescription : jusqu'où le fisc peut-il remonter ?
En cas de non-déclaration d'avoirs à l'étranger, le délai de reprise de l'impôt sur le revenu passe de 3 à 10 ans. Il court en règle générale à compter de la fin de l'année au titre de laquelle l'imposition est due. Un compte N26 ouvert en 2018 et jamais déclaré permet ainsi à l'administration de remonter jusqu'aux revenus de 2018, dans la limite de 10 ans.
L'amende étant due par compte et par an, la facture grimpe vite. Trois comptes (N26, Wise et Bunq) non déclarés pendant cinq ans représentent quinze amendes, soit 22 500 €, avant même tout rappel d'impôt sur les sommes créditées.
Faut-il craindre le pénal ?
Un simple oubli portant sur un compte au solde modeste et sans revenus reste en principe sur le terrain administratif : amendes et redressements. Le risque pénal augmente avec des montants élevés, des flux correspondant à des revenus non déclarés (activités en ligne, conseil, dropshipping, cryptos) ou un caractère organisé (multiplication de comptes, interposition de sociétés). L'administration peut alors porter plainte pour fraude fiscale.
S'y ajoute le blanchiment de fraude fiscale, infraction autonome (article 324-1 du code pénal) : il suffit que les fonds proviennent d'une fraude punissable. Les dissimuler sur des comptes non déclarés, les fractionner ou les réinjecter en France peut suffire. Les peines vont de l'amende à l'emprisonnement, avec confiscation possible des avoirs.
Vous avez un compte non déclaré : que faire ?
Cartographier la situation
Listez tous vos comptes (N26, Wise, Bunq, Revolut, PayPal, autres fintechs) et, pour chacun : date d'ouverture, date de clôture éventuelle, soldes moyens et maximums, type d'opérations (compte de passage, épargne, encaissements professionnels, cryptos).
Identifier votre profil de risque
| Situation | Exemple | Risque |
|---|---|---|
| Compte dormant ou peu utilisé | Solde modeste, peu ou pas de revenus, usage ponctuel pour voyager ou acheter en ligne | Surtout l'amende de 1 500 € par compte et par an, plus en théorie la présomption de revenus sur certains flux |
| Compte d'encaissement de revenus non déclarés | Activité freelance, e-commerce ou conseil payée sur Wise ou N26, gains de plateformes ou de cryptos | Rappels d'impôt et de prélèvements sociaux, majoration de 80 %, amendes, et selon les montants poursuites pour fraude fiscale ou blanchiment |
Régulariser spontanément
- 1Déposer des déclarations rectificativesMentionnant les comptes (formulaire 3916) et les revenus omis.
- 2Expliquer la situation sans la travestirLe cas échéant, l'oubli ou la méconnaissance de l'obligation.
- 3Trier les flux, relevés à l'appuiSéparer les sommes déjà imposées en France, les sommes non imposables et les revenus à régulariser.
Une démarche spontanée, engagée avant tout contrôle, est prise en compte dans l'appréciation des pénalités et surtout dans la qualification pénale.
En résumé : que risque-t-on vraiment ?
| Fiscal | 1 500 € par compte et par an, délai de reprise jusqu'à 10 ans, imposition des flux comme revenus d'origine indéterminée sauf preuve contraire, majoration de 80 % si des revenus ont été omis. |
| Pénal | Pour des montants significatifs et des revenus réellement dissimulés : fraude fiscale, blanchiment de fraude fiscale, confiscation possible des avoirs. |
| Pratique | Avec l'échange automatique (CRS, DAC 2), compter sur l'anonymat de ces comptes n'est plus réaliste. |
| Stratégie | Chaque année d'attente ajoute des amendes. Une régularisation anticipée, surtout pour des montants limités, permet de maîtriser le coût et de tourner la page. |
Questions fréquentes
Un compte N26, Wise ou Bunq est-il un compte à l'étranger ?
Oui. Seule compte la localisation de l'établissement (Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni et Belgique), pas l'usage, le montant ni l'ouverture en ligne depuis la France.
Quelle amende pour un compte N26 ou Wise non déclaré ?
1 500 € par compte et par année de non-déclaration, même sans revenus et avec un petit solde ; 10 000 € pour un État non coopératif.
Le fisc peut-il savoir que j'ai un compte N26, Wise ou Bunq ?
Oui, par l'échange automatique d'informations CRS et DAC 2 : soldes, revenus et identité sont transmis chaque année à la France.
Comment régulariser un compte N26, Wise ou Bunq non déclaré ?
Par des déclarations rectificatives spontanées (formulaire 3916 et revenus omis), relevés à l'appui, avant tout contrôle.
Un ou plusieurs comptes jamais déclarés ?
Le cabinet analyse vos comptes, les montants et les années en jeu, chiffre le coût réel et conduit une régularisation sécurisée : ce qu'il faut déclarer, sur combien d'années, et ce que l'administration examinera en priorité.
Prendre rendez-vousCet article a une portée générale et ne constitue pas un conseil adapté à votre situation. Textes cités : article 1649 A du CGI (obligation déclarative), articles 1736, IV et 1729-0 A du CGI (sanctions), article 324-1 du code pénal (blanchiment). Mise à jour : 5 octobre 2026.